Aux origines d’ETERNESIA

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Il y a d’abord l’histoire d’un vieil homme qui au soir de sa vie est abandonné par ses yeux. Il est né dans les premières années du XXème siècle et a assisté aux deux conflits mondiaux, comme beaucoup d‘autres de sa génération. Il n’est pas resté spectateur et fut un résistant. Pas un héros, pas un personnage de fiction, mais un vrai citoyen et un résistant ordinaire. Lorsqu’il raconte cette période de sa vie à ses petits-enfants, ceux-ci l’écoutent fascinés, comme s’il s’agissait d’un roman d’aventure. Son épouse le presse d’écrire son histoire, mais ses yeux ne sont déjà presque plus qu’un souvenir. Alors, à soixante-cinq ans et aveugle, il décide d’apprendre à utiliser une machine à écrire pour raconter son passéA cette époque, l’ordinateur n’est encore qu’un objet rare, réservé à une minorité de scientifiques. 

La tâche est immense, elle lui prendra une dizaine d’années. Pour pouvoir revenir en arrière et corriger ce qu’il veut modifier de ce texte qu’il ne voit plus, il a pris l’habitude de mémoriser chaque mot, de compter le nombre de lettres de chaque phrase. C’est long, c’est lent, mais il parvient à surmonter son handicap. Il s’éteindra plus tard, une quinzaine d’années avant que le siècle ne fasse de même. Au sein de ce qu’il a laissé, parmi souvenirs et objets, ce manuscrit tient aujourd’hui la place d’un joyau familial qui pourra être transmis de génération en génération.

C’est l’histoire d’un autre aïeul, un peu radoteur celui-ci, un grand père aimé dont la vie a presque totalement couvert le siècle dernier. Comme tant d’autres, il a vécu l’horrible ordinaire de deux guerres, a vu l’ascension et la chute d’Hitler du fond d’un camp de prisonniers, puis la guerre froide, l’ère atomique, ou encore les bouleversements sociaux du XXème siècle. Il a un réel talent de conteur et sans cesse réinvente et raconte les anecdotes qui ont jalonné sa captivité ou celles qui ont ponctué sa simple vie d’ouvrier. Ses historiettes sont sa richesse et son legs, mais on ne les écoute plus que d’une oreille distraite, lassé de les avoir autant entendues. Nous sommes en 1999 et la maladie a décidé qu’il ne verrait pas le siècle suivant…

La suite se déroule autour d’une table, le jour de son inhumation. Ses proches évoquent sa mémoire comme on le fait toujours en pareil cas, parlent de sa vie qui fut riche, mais ni d’argent ni de renommée, de son humanité et aussi de ses histoires sans cesse ressassées. Et tous réalisent alors qu’elles ne sont déjà plus que des souvenirs diffus, que l’oubli a  commencé, car rien n’a jamais été fait pour en garder trace.

Ces deux histoires sont vraies, deux d’entre nous les ont vécues, mais bien d’autres pourraient raconter des épisodes similaires, prenant place en d’autres lieux, en d’autres temps. A une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas, où nous n’allions pas tous sur internet, où les téléphones n’étaient encore que des téléphones, mais où l’on pressentait déjà que les données numériques pouvaient être à jamais conservées, est alors née cette idée qu’il fallait tout faire pour préserver, à travers les siècles, une mémoire  numérique  de  ceux qui le désiraient.

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